jeudi 30 juin 2016

Filles de joie en Indochine

Les courtisanes japonaises en Indochine

Au cours du XIXème siècle, de nombreuses japonaises se sont expatriées dans les pays asiatiques de l'Est et du Sud Est pour y travailler comme prostituées. Cette "activité" prendra fin en 1920 lorsque la prostitution a été déclarée hors la loi par le Japon. A cette date, les maisons de tolérance ont été fermées à l'étranger et la plupart des femmes sont rentrées au pays. Concernant l'Indochine, si de nombreuses cartes postales de japonaises ont circulé, on ne trouve pas beaucoup de récits les concernant. Les "congais" de l'Indochine et les "poussaos" du Laos étaient suffisamment évocatrices pour remplir les romans coloniaux sans qu'il soit nécessaire d'avoir recours à ces beautés venues de l'étranger..
Ci-dessous de larges extraits d'une description intéressante écrite par le Professeur Roux en 1905, "la Prostitution Japonaise au Tonkin" pour la Société d'Anthropologie de Paris, 16 mars 1905. On y apprend notamment que les prostituées japonaises (les "moussmés") ne fréquentent que des occidentaux et jamais les annamites. Elles sont très soignées et accordent beaucoup d'importances à l'ordre et l'hygiène.... 
Origine
"...La Japonaise a depuis longtemps envahi les ports de l'Extrême-Orient: le Tonkin, depuis l'occupation française, a attiré l'attention des tenanciers et, actuellement, les maisons de prostitution s'élèvent jusqu'à la frontière de Chine, dans tous les centres où se trouve une agglomération européenne suffisante. On a dit et répété que les prostituées japonaises qui vont chercher, en dehors de leur pays d'origine, le droit d'exercer leur industrie spéciale, visaient à se constituer une dot pour rentrer ensuite dans leur pays, y choisir un époux et se consacrer exclusivement, par la suite, aux devoirs du foyer, à l'éducation des enfants qu'elles peuvent concevoir. La vérité n'est pas conforme, en général, à cette opinion. La Japonaise du Tonkin est issue de famille pauvre, elle est devenue l'esclave d'un tenancier parce qu'elle s'est engagée pour une somme fixée par contrat et dont le montant doit venir en aide à ses malheureux parents. Elle contracte ainsi une dette qui va devenir l'origine de stratagèmes sans nombre de la part de son créancier pour qu'elle ne parvienne jamais a s'éteindre et, il est probable qu'elle mourra à la peine, si un ami généreux ne vient un jour solder cet arriéré et lui rendre sa liberté….Enfin les déceptions amoureuses, la crainte de la colère paternelle, les offres alléchantes des tenanciers racontant que la vie est plus facile et le mariage plus commode de l'autre coté des mers, sont autant de causes qui agissent sur l'esprit des jeunes filles pauvres pour permettre aux agents de prostitution de pratiquer à leur aise la traite des jaunes. Le paupérisme, ici comme ailleurs, est donc à la base de la prostitution...''  


Organisation de la maison
"...La prostitution japonaise, en Indochine, est étroitement réglementée. Les femmes sont enfermées dans une maison bâtie en un quartier spécial et ordinairement dirigée par une ancienne courtisane qui jouit d'une grande autorité sur ses pensionnaires et qui intervient, dans tous tes cas, comme responsable, vis-à-vis de l'Administration. Elle s'est substituée au tenancier qui lui a passé ses créances, sans aucun doute majorées. Les jeunes femmes qu'elle a recrutées lui obéissent très exactement, sans jamais murmurer et la traitent avec déférence. Elle-même, quoique sachant rire à propos, garde une tenue très décente et ne se commet jamais avec les clients. Elle dirige ta maison au point de vue domestique, exige que les chambres soient d'une propreté rigoureuse, surveille l'alimentation et s'ingénie à entourer ses élèves d'un cadre spécial qui leur donne l'illusion d'une maison de là bas. C'est ainsi que leur papier à lettres, leurs livres, les étoffes, tout vient du Japon et elles augmentent d'autant plus leurs dettes qu'elles se confectionnent davantage de kimonos voyants et de ceintures de soie…Elles ne sortent guère que le jour de visite médicale, une fois par semaine ou plus souvent si le docteur le prescrit, revêtues de leurs plus belles toilettes, se dandinant sur leurs " gétas " de bois, elles se rendent ainsi en groupe jusqu'au dispensaire où toutes, même les plus jeunes, se laissent examiner sans récrimination, trouvant au contraire très naturel qu'en protégeant la société on les protège elles-mêmes contre des maladies dont elles connaissent fort bien les graves conséquences..."

Beauté et qualités
"...Ces femmes sont en général petites et mal faites. Le buste est long, mais deux de ses éléments, la poitrine et le bassin, sont mal proportionnés…Les cheveux sont longs, épais et ramenés en des torsades savantes qui représentent un grand travail. Aussi la Japonaise tient-elle à sa coiffure et dort, la nuit, le cou appuyé sur un oreiller en forme de fer à repasser, de façon à ne pas déranger cet édifice capillaire péniblement et laborieusement échafaudé...A propos du système génital, il convient de dire combien les Japonaises sont propres et soignées de toutes les prostituées que j'ai examinées, en différents pays, je n'en ai jamais rencontré qui arrivent à l'examen du médecin sous un aspect de propreté aussi partait…L'intelligence est vive, éveillée, elles sont curieuses de rapprocher les mœurs de leurs pays des nôtres et questionnent volontiers sur nos habitudes et nos usages. Toutes celles que j'ai examinées savaient lire et écrire et leurs moments de loisir se passaient à coudre, à lire ou à écrire à leurs parents. Elles apprennent assez facilement le français ou l'annamite et sont douées de beaucoup de mémoire…Elle prête son corps, elle ne loue pas son cœur. Mais si un protecteur paye ses dettes et la libère de sa tenancière, il ne tarde pas à constater que cette poupée orientale ne craint pas de faire du sentiment et que, autant par affection que par reconnaissance, elle lui témoignera son contentement par des caresses et des étreintes passionnées. En cas de maladie, elle se transforme en une infirmière dévouée, qui est aux petits soins pour son malade et fait exécuter à la lettre les prescriptions du médecin….Enfin, même dans la maison commune, ses sentiments affectifs trouvent à s'épancher dans de longues lettres quelle écrit très régulièrement à sa famille et dont elle attend la réponse avec impatience. La Japonaise rit facilement, mais se fâche très vite. Elle a son caractère, je veux dire qu'elle est têtue. Dans le genre des petites ménagères de chez nous, elle aime l'ordre, la propreté et tient à régir de très près tout ce qui ressortit à une femme, dans l'administration d'une maison. N'allez pas déranger une série de mouchoirs vous auriez à coup sur une scène. Faites des observations aimables sur le repassage défectueux de votre veste blanche vous auriez sans cela à subir, pendant quelque temps, l'ennui relatif d'un mutisme complet. Il faut que cette femme, comme tant d'autres, fasse sentir sa volonté de temps en temps ! ..."
Extraits de "la Prostitution Japonaise au Tonkin"

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